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Ma Biographie.
Autobiographie.
Mes inspirations.
Garden Des Lys.
Album.
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Jardin des sens.
Le musc planté dans l’ébène sculpte des parfums semences C’est au jour où le sang sera germe C’est au jour où il faudra une reine Et ne pas s’y perdre, dans ces jardins des sens, De ceux qui nous créent pages ou deuils, Qui déploient leurs branches aux bibliques cercueils. On y plante des couronnes fragiles Pour semer les vents forts On se couche, noyé, pétri d’argile On ferme l’œil comme pour s’inventer mort. Il y aura des silences, des mots et des pleurs Des terres d’asile, des cachettes et des peurs C’est tout ici que sera le jardin Pour crucifier le monde d’un tout autre chemin Et je t’en promets des fleurs Des poussières vibrantes, des anges sauveurs Mille et une nuits pour vivre sous le ciel On ira à tires d’ailes Cultiver l’évidence Faire pousser des merveilles, se faire pleureur Sous le soleil, courber l’errance L’innocence en quête, le st Graal en labeur. Le jardin des enfers un peu sages L'éden des nectars désherbant le mirage. Le musc planté dans l’ébène sculpte des parfums semences.
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Des vices.
C’était un empire et j’en expire encore ainsi, guettant le saint tic tac qui veille sur le jour, sur la nuit, sur l’heure. Sur le temps. C’était les offres du vice et dans le silence de mon empire déchu je contemple ces corps spectraux qui gisent à mes pieds. Des promesses dans notre livre seigneur. Un paradis aux milles vierges, aux anges sexués. C’était joué d’avance. Il n’y a jamais de vin pour l’éternité, cette fontaine de liqueur a un fond, et ne renaît pas de nos cendres. Ma couronne est tombée. Mon armée d’une seule voix s’est rompue contre le sol boueux de la lutte contre le jour. C’était une nuit sanguinaire. Une danse mortuaire de corps, à d’autres corps, dans la chair et dans le sang, jusque dans la moelle et dans l’iris. Des éclats de peau arrachés, des sueurs léchées, ravalées, des larmes tirées en linceuls. Nous voulions jouer la déchéance. La mettre en scène. Nous avons si bien joué que la déchéance s’est amusée, nous prenant à notre propre jeu. Nos rôles inversés. Nos mains attachées, nues dans le dos et marches à l’ombre, les âmes flottantes au-dessus des cratères sanguinaires du vice. Et sans voir, sans comprendre, sans savoir où descendre. C’était à qui descendrait le dernier. Soldats de l’heure dernière, marchands d’armes blanches pointées vers nous-mêmes. Le vin coulait. Les corps saignaient. Et comme tous les empires, nous avons joué jusqu’au coucher de rideau ultime, nous avons prononcés les mots, nos cantiques presque joyeux, aveuglément, parce que la fin nous ne la voulions pas. C’était à qui ne tombera pas. En mimant la chute. Agenouillés, couchés par terre, recréant des gestes de chiens royaux, nous roulions dans la boue en avalant de l’or. Mais l’empire expira. Et les soldats se couchèrent. Ils battirent la mesure. Avec le rideau. Le vin ne coulait plus. Le sang s’épancha. Sans jouer. Nos milles vierges sont mortes, vidées de leurs veines saillantes, remplies de cet or dont on les gavait pour donner raison au vice. C’était un empire.
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Hôpital.
J’ai la souffrance facile, C’est un choix, s’il en est Et lorsque le temps promet Qu’un écoulement par secondes Suffira à ma peine Je le crois, et j’emmêle Mes jours derniers aux plaies souvenirs. J’ai dix vagues à mon âme montantes Et la marée souvent basse Des cadavres en notes dépeintes Souvent quand j’opère ma mémoire. Et je ferme les portes, j’écoute les silences Je suffis à ma peine Je me ferme au matin Le verrou est solide, la plaie une falaise. J’ai la demeure en bordure Isolée sur des collines folles Qui par temps de pluie se bombent et m’immolent C’est somme toute une façon Comme une autre d’attendre L’œuvre du temps qui promet Un jour nouveau sur terre ferme Et des plaies moins offertes au passé maladif. J’ai l’esprit en sommeil La touche off appuyée Comme si mon mal dépendait D’une somme toute patience. Je suis un hôpital dont les murs blanchis Crient la mort et l’absence d’un après. Je suis patient dans une chambre séchée Attendant l’heure où je sortirais ; la plaie dans mon coma. J’ai la vie qui s’enfuit. Et j’attends son retour. Car elle revient, c’est une évidence. Ne nous méfions pas. Défions-nous. Moi j’apporte les fleurs. Et le cœur.
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Autopsie de l'innocence.
Odeur de peinture et de colle liquide, des traces aux feutres sur mes paumes, apprendre à lire est écrit sur le tableau et on me demande si je veux bien être amoureuse. Oui, je veux bien. Je n’y vois même aucun inconvénient, je me demande juste si c’est un contrat à durée déterminée et s’il existe une clause stipulant qu’on a le droit, en toute impunité, de rompre ce contrat. Alors je dis oui. Pour la première fois de ma vie, je deviens amoureuse. C’est un état impalpable, je suis un peu déçue, mais j’exhibe le petit galet peint offert par mon prince à lunettes avec fierté à ma mère qui soupire et qui affirme « innocence de votre âge ». A partir de là tout s’enchaîne, la rupture est douce et indolore, j’ai la conscience (tranquille) que ce qui est impalpable, ce qui n’est pas matériel, ce qui n’a donc pas de matière ne peut me heurter de quelque façon que se soit. Je change de cour, voici celle des grands, et il y en a, des grands. Joueurs de ballon et empêcheurs de tourner autrement qu’en rond. Nous dansons sur le pont d’Avignon, nous entrons dans la ronde et nous nous prêtons bien volontiers nos plumes pour nous écrire des mots. Le clair de lune n’est qu’un soleil blanc qui résonne comme un rire à échos. La cour des grands est telle que son nom l’indique. Je deviens amoureuse de ceux qui entrent dans ma ronde. Ici tout flotte, tout s’asperge de bombes à eau, futurs traumas que nous refoulerons lorsque nous serons à notre tour les grands de toutes les cours. Et il n’y a pas encore de mur entre les dortoirs, nous partageons, filles, garçons, nos rêves au coin d’un feu en chantant à la lune les histoires des loups qui dévorent les bergères, mangent les moutons et périssent entre les fusils à pompe des chasseurs. Lui me propose. J’ai droit à toute la nuit pour donner mon consentement. Et devenir la bergère du chasseur. Toute la nuit, c’est court et c’est long, j’ai bien envie de consentir, voir si l’impalpable ne donnerait pas matière à explorer, toucher du doigt ou même embrasser timidement pour dire « je ne sais pas trop ce que veut dire ‘je t’aime’, mais je t’aime ». Puisque risque il n’y a pas. Et que les galets peints ne sont plus, rien ne pourra me heurter. Je consens. Sur la plage abandonnée, un nouvel été, et personne ne sait encore que le sang s’épanchera entre les eaux salées de l’océan Atlantique. Je fuse, j’infuse. Je courre. Je tombe. Du sable entre mes doigts, du sable dans ma bouche, et mes grains de beauté encore vierges qui par inadvertance lui atteignent les yeux. Il les compte. Je m’amuse de le voir pointer du doigt mes grains dispersés comme des paillettes magiques sur ma peau dorée au soleil abandonné. Ne montrer que ce que l’innocence nous permet de dévoiler. Des grains de beauté dispersés aux quatre vents sur ma peau. Et ses yeux qui regardent, ses doigts qui comptent, mon sourire innocent. Nous avions crée un cercle de filles. Nous voulions tous les grands de la cour, cette nouvelle cour délimitée entre quatre grilles, un terrain d’asphalte et des bancs collégiens. Nous les voulions tous, nous faisions des listes, comme on demande tous les plus beaux jouets à Noël. La sonnerie pourrait hurler la fin des jeux, nous ne cessions pas d’observer, assises dans notre cercle secret, et de choisir, d’éliminer, de sélectionner. Nous étions le jury d’un ramassis de loups triés sur le volet. Le défilé faisait salle comble, l’auditoire rassasié. Il n’est arrivé que bien tard. Celui qui ne m’a pas demandé de « devenir amoureuse ». Mais de l’être. Etre amoureuse. La nuance est forte ; être, c’est de l’ordre du palpable. Il me demandait de la matière, ce qui peut se toucher, se saisir, se prendre au vol, ce qui peut nous heurter. Le premier saut dans le risque. Et savoir que les galets peints cette fois peuvent nous atteindre l’âme, et pourquoi pas le cœur. Mais l’innocence, chienne à demi nue sous des airs de madone indétrônable, demeurait. Alors on touche la matière, mais avec les yeux. Puis la bouche. Doucement, pour ne rien briser, pour que le verre fragile ne tombe pas sur le sol, pour que les jupes de la bergère ne prennent pas froid, pour que ses plumes ne rougissent pas. Pour que tout reste blanc, immaculé, propre et frais. On touche du bout des doigts, on effleure à peine, et la maladresse qui creuse l’écart entre l’envie floue de tout casser et celle de rester anges est touchante. L’impact était prévisible. Je ne suis pas devenue, j’ai été. Je saute le pas, tu sautes avec moi, nous sautons ensemble, main dans la main et advienne que pourra. Tout nous heurte dans le corps et dans l’âme, le temps des plumes a bien fait son œuvre et nous le remercions à genoux même repliés entre les draps d’un lit adolescent. Nous ne savons rien et pourtant nous savions tout. Main dans la main, nous marchons sur des fils qui vibrent, nous cherchons l’équilibre, nous regardons au-devant, voir si la terre ferme est à vue. Car la peur est une secousse, et la marche vers le sol est longue. Un chemin de croix pour les anges déplumés, s’assoiffant loin des oasis mises en évidence dans les bibles pour enfants pas sages. Aimer dans le palpable est douloureux. Le sang coule, le corps se tord, l’amour a mal d’aimer, la respiration se bloque, l’innocence nous a rendu l’âme maladive et froissée. L’amour devient brûlure dans le corps, goût de fève avalée dans la gorge et tout est palpable. Voilà ce qu’il me demandait.
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Gros titres. (inspiré de SEXUS)
Quand j'ai vu la terre me tourner la tête j'ai plié la courbe avec une moue de fourbe. Les gros titres entre les jambes : ma salope d’actrice m’a retrouvé, moi, son connard d’écrivain. C’est entre ses jambes, entre les miennes, dans ses yeux et sur nos lèvres. Je l’empoignai par la main et la poussai contre le mur. Elle ne protesta pas. Nous allions fêter nos retrouvailles à notre manière, celle qu’elle adorait. J’avais envie de lui parler en deux mots de ces trois dernières années d’absence, lui décrire les voyages, les aventures avec des filles d’Asie. Tout ça en deux mots, entre mes dents grinçantes, et pourquoi pas une gifle. Pour fêter nos retrouvailles. Dignement. Elle me sourit et approcha sa bouche de mon visage. Je la retenais coincée entre mes bras et mes jambes, et je sentais déjà son corps frémir de désir. Fidèle à elle-même, elle cherchait un moyen de reprendre la situation en main. C’était sa façon à elle de tester mes limites, et la force de mon désir. Elle n’avait pas changé. Et elle m’excitait toujours autant. Ses yeux me jetaient des flambeaux de feux et elle mordait ses lèvres pour garder un semblant de self-control. J’avais son parfum dans la tête, et j’aimais la respirer sans rien dire, fermer mes yeux en inspirant son odeur qui elle aussi était la même. Un mélange de sucre et de lait. J’essayai par tous les moyens de me maîtriser, je savais qu’elle aimait ça, attendre, jusqu’au point de non retour, attendre et sentir son corps palpiter de n’en plus pouvoir. Et nous avions tant attendu. Séparés par les mers, chacun sur un continent différent, nous avions laissé le temps nous creuser un lit tombeau comme dans la mort des amants de Baudelaire. Ainsi donc tu t’es mariée. Tu mériterais que je te viole. Et que je t’aime encore plus. C’est ça que tu attends, être poussée contre un mur, insultée et baisée, pénétrée dans ta fausse pudeur, retournée sur toi-même, prise par derrière et aimée. Tu le veux mon amour, tu l’attendais. Même le jour où tu portais ta robe blanche, tu l’attendais et tu souriais, tu savais que je reviendrai pour te gifler. Avec amour. C’est toute notre force, l’attente. Se retrouver et s’embrasser en se mordant, juste pour voir si l’autre est bien là, bien réel, et si ce n’est pas encore un rêve. Souviens-toi faire couler l’encre et le sang. Tu voulais que je t’écrase face contre sol, tu voulais toucher de ton corps enchaîné le plus bas, à terre et sans défenses, tu voulais que je vienne sur toi pour nourrir ce besoin que tu avais d’être collée à la surface du sol, la surface de la terre, tu voulais que je te foute la réalité sur ta gueule ! Te ramener au réel en te faisant l’amour comme on détruit à coup de massue un mur. Tu avais besoin de ça. Casser ces ligaments en toi, ces particules de rêve, ce monde vaporeux qui protégeait ton esprit des duretés de la vie. Eh bien c’est maintenant. Maintenant ou jamais, ma salope. Je vais détruire ton monde qui te retient enfermée loin de la vie, dans tout ce qu’elle a de plus sournois, de plus amer, de plus réel. Tu vas la voir, la vérité de la vie ! Et je vais te baiser comme tu as toujours voulu être baisée, parce que c’est pour cela que tu vis, pour cela que tu plonges ton regard de flammes sur moi, pour cela que tu me laisses te bloquer contre un mur, pour cela que tu as accepté de me revoir. Je vais fêter avec toi nos retrouvailles. Et faire honneur aux gros titres entre nos jambes. Ma salope d’actrice a retrouvé son connard d’écrivain.
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Le vaisseau.
J’ai trouvé le banc où nous nous donnons souvent rendez-vous. Je sais qu’il ne va pas tarder. Il n’est jamais à l’heure, je pense que c’est sa manière à lui de se faire désirer, et ça marche si bien. Cette nuit il fait froid, et je le sens, ça sera long de l’attendre, de rester calme et sereine, perdue sur ce banc au milieu des ruelles. Ça grouille de chats dans cette zone, et je ne préfère pas savoir qui d’autre hante ce quartier fantôme. On est loin de tout ici, et quand je regarde le ciel rempli d’étoiles, j’ai l’impression qu’il est beaucoup plus haut que d’habitude. Peut-être qu’il sait où il doit se faire proche, et où il doit s’éloigner. Ici, le ciel est inaccessible. Les voies du saigneur sont impénétrables, c’est ce qu’on m’apprenait quand j’étais gosse, à l’époque. Ici, on est loin de cette époque. Je n’en ai jamais été aussi loin. Et cette distance ne se mesure pas en mètres ou en kilomètres. C’est le chemin dans lequel je suis égarée, comme dans un rêve, et faire marche arrière n’est tout simplement pas au programme. Je suis dans le voyage des non retours. Un aller simple pour le paradis. Terminus, personne ne descend. Ce soir encore, il est en retard, mais je le sais, je ne lui ferais aucun reproche, j’aurais trop peur qu’il le prenne mal et qu’il me laisse toute seule. Je ne veux pas attendre pour rien. Je ne lui fais jamais de reproches. En fait je n’y pense pas, dès qu’il apparaît je ne pense qu’à ce qu’il cache dans son sac. Il me l’a dit, un soir, il est mon meilleur ami, le seul sur qui je peux compter, le seul en qui je dois avoir confiance. Je n’irais pas voir ailleurs, et puis j’ai confiance en lui, après tout, même avec quelques heures de retard il est toujours là. Il ne m’a jamais abandonnée. Et le voilà qui arrive. Il est essoufflé. Comme d’habitude, il sourit, il s’excuse, me demande si je n’ai pas trop attendu, si j’ai l’argent. Inutile de demander. Bien sur que j’ai l’argent. Il me prend par la main, et comme d’habitude j’ai cette image qui me revient à l’esprit à chaque fois qu’il fait ça : le guide, la main tendue. Une main qui se tend, on la prend, rien de plus normal. Et je veux mon aller simple pour le paradis. Ma main dans la sienne, nous allons sur le quai, dans cette ruelle où nous voyageons toutes les nuits depuis tellement longtemps que je ne mesure plus le temps – je ne mesure plus rien. J’ai déjà les jambes vacillantes, les mains qui tremblent et mon cœur qui frappe à l’intérieur de moi. Mon corps commence à s’éveiller. Il faut faire vite. En général je supporte mal ce retour aux sens. Ça y est, je sens le froid, ma peau le sent, le froid entre en moi, il parcourre mes veines…vite, je pense. Il faut faire vite. Ce goût d’acier dans ma bouche…ma salive qui s’emploie à noyer ma langue. Vite. Je le regarde faire, j’aimerais qu’il se dépêche, bien sur, mais je ne lui dirais pas, jamais. Alors je regarde, j’essaye de calmer mes tremblements, d’avaler ma salive, j’essaye de rester patiente. Ça arrive, c’est bientôt prêt. Il me sourit, et me tend la seringue. Il aime que je commence. Et puis comme j’ai attendu toute seule si longtemps… Alors c’est parti, le moteur chauffe, seringue en main, je vise, une partie de chair encore intacte, je vise et j’injecte, depuis le temps je sais comment faire, et je n’ai même plus mal. On s’y habitue vite, et la phobie des piqûres, elle est très loin derrière moi elle aussi. J’ai dépassé tout ça, j’ai tout dépassé. Ça ne me fait plus rien, une aiguille sous la peau, et dès que je me sens partir, je repense avec un sourire de plénitude à l’expression « se saigner aux quatre veines ». Mon corps est devenu une veine. Un vaisseau immense qui voyage. Je suis une veine. Parfois je me vois marcher le soir sur un trottoir et j’embrasse le ciel avec mon vaisseau, on s’envole lui et moi, on part courir entre les étoiles. Oui parfois le ciel est bas. Tellement bas. Et il se laisse toucher, on peut même y nager, mon vaisseau et moi. Quand je pars noyer mes veines avec les anges.
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un deux trois soleil.
Si je me retourne vers ceux que j’ai aimé, ces hommes qui parcouraient ma vie et mes nuits comme des passeurs à bras couvert, si je me retourne vers eux, vers les souvenirs, les images, les sensations de déjà-vu, je n’entends qu’une phrase : « à trois, tu sautes, un, deux, trois, dans mes bras ». Et dans leurs bras, c’était l’immense, un saut à l’élastique sans fil et sans filet, juste deux bras et deux mains pour m’attraper et m’enserrer. Avec lui, c’est le même jeu. Un, deux, trois, et je saute dans ses bras, entre ses bras, et je m’y plonge, je m’y enfonce, je m’y perds. Je fais connaissance avec l’espace qu’il y a entre lui, ses bras, et moi. J’y respire l’air qu’il m’insuffle, j’y entends la musique de sa voix, échos perpétués du timbre murmure dans ce petit carré qu’il me tend en refuge. Avec lui c’est une nuit tous les sept jours, une nuit pleine, comme il dit, comme si c’en était mille. Et je connais l’espace, je n’ai connu que ça. Si c’est un jeu, j’y joue avec l’ardente ferveur d’une enfant et mes yeux s’illuminent à chaque coup de ces larmes qui suivent mes rires. Un, deux, trois, je saute, tu me rattrapes. Et je respire. Avec lui c’est les plis des draps au petit matin, une lettre posée sur l’oreiller. Qui me dit qu’il pense à moi et qu’il m’appellera dans la journée. Qui me dit que je suis belle quand je dors. Qui me dit que se serait un crime de me réveiller. Ces hommes, lorsqu’ils jouaient avec moi je me voyais pure et délicate, ma façon à moi d’être précieuse et fragile, c’était marqué dans mes yeux, comme avant, quand j’étais petite. J’étais la poupée de porcelaine de mon père, une poupée qu’on pouvait casser au moindre éclat, alors il me posait sur ses genoux et il me disait « à trois tu sautes, dans mes bras ». Un, deux, trois, soleil, je suis là papa. Dans tes bras, saisie au vol comme un avion de papier, prise au dernier instant avant la chute fatale. Ton rire embrassait mon rire, on l’a échappé belle cette fois, c’est pas passé loin. Les règles du jeu ont toujours été simples. Un, deux, trois, je saute dans leurs bras. Suspendue en l’air entre leurs mains, et celui qui me lâche a perdu. Si je tombe au sol, si je me brise en mille morceaux de porcelaine, le jeu prend fin, et je dois essayer de me recoller comme je peux. Et tout recommence. Je trouve facilement des camarades de jeu, les hommes aiment jouer avec moi. Un, deux, trois, je saute, retiens-moi. Avec lui, finalement, ce n’est pas différent. Ça ne sera différent avec personne. Un, deux, trois, je saute dans vos bras.
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