Quand j'ai vu la terre me tourner la tête j'ai plié la courbe avec une moue de fourbe. Les gros titres entre les jambes : ma salope d’actrice m’a retrouvé, moi, son connard d’écrivain. C’est entre ses jambes, entre les miennes, dans ses yeux et sur nos lèvres. Je l’empoignai par la main et la poussai contre le mur. Elle ne protesta pas. Nous allions fêter nos retrouvailles à notre manière, celle qu’elle adorait. J’avais envie de lui parler en deux mots de ces trois dernières années d’absence, lui décrire les voyages, les aventures avec des filles d’Asie. Tout ça en deux mots, entre mes dents grinçantes, et pourquoi pas une gifle. Pour fêter nos retrouvailles. Dignement.
Elle me sourit et approcha sa bouche de mon visage. Je la retenais coincée entre mes bras et mes jambes, et je sentais déjà son corps frémir de désir. Fidèle à elle-même, elle cherchait un moyen de reprendre la situation en main. C’était sa façon à elle de tester mes limites, et la force de mon désir. Elle n’avait pas changé. Et elle m’excitait toujours autant. Ses yeux me jetaient des flambeaux de feux et elle mordait ses lèvres pour garder un semblant de self-control. J’avais son parfum dans la tête, et j’aimais la respirer sans rien dire, fermer mes yeux en inspirant son odeur qui elle aussi était la même. Un mélange de sucre et de lait. J’essayai par tous les moyens de me maîtriser, je savais qu’elle aimait ça, attendre, jusqu’au point de non retour, attendre et sentir son corps palpiter de n’en plus pouvoir. Et nous avions tant attendu. Séparés par les mers, chacun sur un continent différent, nous avions laissé le temps nous creuser un lit tombeau comme dans
la mort des amants de Baudelaire.
Ainsi donc tu t’es mariée. Tu mériterais que je te viole. Et que je t’aime encore plus. C’est ça que tu attends, être poussée contre un mur, insultée et baisée, pénétrée dans ta fausse pudeur, retournée sur toi-même, prise par derrière et aimée. Tu le veux mon amour, tu l’attendais. Même le jour où tu portais ta robe blanche, tu l’attendais et tu souriais, tu savais que je reviendrai pour te gifler. Avec amour.
C’est toute notre force, l’attente. Se retrouver et s’embrasser en se mordant, juste pour voir si l’autre est bien là, bien réel, et si ce n’est pas encore un rêve. Souviens-toi
faire couler l’encre et le sang. Tu voulais que je t’écrase face contre sol, tu voulais toucher de ton corps enchaîné le plus bas, à terre et sans défenses, tu voulais que je vienne sur toi pour nourrir ce besoin que tu avais d’être collée à la surface du sol, la surface de la terre, tu voulais que je te foute la réalité sur ta gueule ! Te ramener au réel en te faisant l’amour comme on détruit à coup de massue un mur. Tu avais besoin de ça. Casser ces ligaments en toi, ces particules de rêve, ce monde vaporeux qui protégeait ton esprit des duretés de la vie.
Eh bien c’est maintenant. Maintenant ou jamais, ma salope. Je vais détruire ton monde qui te retient enfermée loin de la vie, dans tout ce qu’elle a de plus sournois, de plus amer, de plus réel. Tu vas la voir, la vérité de la vie ! Et je vais te baiser comme tu as toujours voulu être baisée, parce que c’est pour cela que tu vis, pour cela que tu plonges ton regard de flammes sur moi, pour cela que tu me laisses te bloquer contre un mur, pour cela que tu as accepté de me revoir.
Je vais fêter avec toi nos retrouvailles. Et faire honneur aux gros titres entre nos jambes. Ma salope d’actrice a retrouvé son connard d’écrivain.